ce jour où une marche pour le climat a basculé en chaos et m’a changé

mars 28, 2026

Manifestation pour le climat devenue chaos, scène réaliste et intense d’une marche engagée

Je me souviens encore de ce vendredi en septembre, dans les rues de Paris, quand la marche pour le climat battait son plein. La foule avançait au rythme des slogans, des chants portés par des milliers de manifestants venus de partout, des jeunes aux familles venues soutenir la cause. Tout semblait paisible, presque joyeux, presque porteur d’espoir. Puis, soudain, un nuage de gaz lacrymogène a déferlé sur nous. J’ai senti ma gorge brûler, comme si elle s’enflammait, et mes yeux piquaient à en devenir aveugle. L’air chargé d’une odeur âcre a fait basculer l’atmosphère en quelques secondes, transformant cette marche en un chaos inattendu. Ce moment précis, où la colère de la police a surgi, a marqué le début d’un bouleversement essentiel dans mon rapport à l’engagement climatique.

J’étais juste un passant engagé, pas un militant aguerri

J’ai 38 ans, je vis dans une petite ville du sud, pas vraiment un bastion militant, et je travaille à temps plein dans un bureau. Mon budget est serré, et entre la famille et le boulot, je n’ai jamais eu beaucoup de temps à consacrer à des causes, même si la question climatique me touche profondément. C’est la première fois que je participais à une manifestation pour le climat, poussé par l’urgence ressentie ces derniers mois et par le mouvement croissant des jeunes. Je voulais sentir que je faisais quelque chose, même modeste, dans ce monde qui semble se détraquer. Je n’étais ni un habitué des défilés, ni un militant aguerri, juste un citoyen qui veut agir à son niveau.

Avant de me lancer, j’imaginais cette marche comme un grand rassemblement pacifique, un moment où les citoyens, surtout les jeunes et les étudiants, se retrouvaient pour exprimer leur espoir et leur colère contre l’inaction des gouvernements. J’avais lu quelques récits sur les réseaux sociaux, entendu parler des slogans criés à Montréal, Berlin ou New York, et je pensais que ce serait un événement joyeux et solidaire, une sorte de fête militante où tout le monde marcherait ensemble, main dans la main. Je ne soupçonnais pas la complexité des enjeux ni les tensions qui pouvaient surgir, ni même le risque d’une intervention policière.

Côté préparation, je me suis contenté du strict minimum : une pancarte bricolée à la hâte avec un vieux carton, un marqueur noir, une gourde d’eau, et un masque chirurgical pour me protéger un peu de la poussière ou du froid. Je n’avais pas pensé à emporter un masque adapté contre les gaz lacrymogènes, ni de pansements, ni de kit de premiers soins. Je ne savais pas non plus qu’il aurait fallu repérer des points de refuge ou prévoir un plan de sortie en cas de tension. Avec le recul, j’aurais dû mieux me préparer, mais sur le moment, je pensais que ce serait juste une grande marche dans les rues, pas un terrain d’affrontement.

La marche a commencé calmement, puis tout a basculé en quelques minutes

Le départ de la marche avait un air presque festif. Les slogans résonnaient, portés par des voix jeunes et déterminées. Des groupes d’étudiants, des familles avec enfants, des militants d’ONG comme Greenpeace ou Youth for Climate, et même des personnes âgées se mêlaient dans ce défilé. J’ai vu des jeunes dessiner à la craie sur le bitume des messages comme « Il est temps d’agir » ou « Notre planète, notre avenir ». L’air était chargé d’une odeur de pluie récente, et la fatigue commençait doucement à se faire sentir dans mes jambes, mais le moral était bon. Les chants s’enchaînaient, et une sorte de solidarité éphémère se créait entre nous, même si les messages parfois se mélangeaient, rendant le cortège un peu confus.

Petit à petit, j’ai ressenti la tension grandir. Au loin, les policiers en tenue anti-émeute se faisaient plus visibles, alignés sur le trottoir, casque en main, prêts à intervenir. La signalisation du parcours laissait à désirer, et il devenait difficile de suivre le rythme du cortège dans ce dédale urbain. À un moment, j’ai vu des familles perdre le fil, des enfants s’accrocher à leurs parents avec inquiétude. Le mélange des acteurs, entre militants radicaux et simples citoyens, créait une ambiance où tout pouvait basculer. La distance entre les manifestants et les forces de l’ordre se réduisait, et une nervosité palpable s’installait.

Puis, sans prévenir, les premiers gaz lacrymogènes ont été lâchés. J’étais au centre du cortège quand j’ai senti la brûlure dans ma gorge, un feu qui montait en quelques secondes. Mes yeux ont piqué à un point tel que je ne pouvais plus pleurer ni même cligner des paupières. La sensation était violente, comme si une fumée toxique m’envahissait. Autour de moi, les cris ont éclaté, mêlés à des pleurs et des appels paniqués. La foule s’est mise à reculer en pagaille, certains trébuchant dans la précipitation. Ce moment précis, quand j’ai senti mes yeux brûler au point de ne plus pouvoir pleurer, restera à jamais gravé dans ma mémoire. C’était brut, inattendu, et terrifiant.

Dans la confusion, j’ai vite réalisé que mon masque chirurgical ne servait à rien contre ce gaz. Je ne savais pas où me réfugier, et le cortège se dispersait dans toutes les directions. J’ai vu des personnes âgées peiner à suivre, des familles s’écarter du chemin, leurs enfants pleurant, perdus dans ce chaos. La peur m’a saisi, non seulement pour moi, mais pour tous ceux qui n’étaient pas équipés ni préparés à ce genre d’intervention. J’aurais voulu aider, mais je ne savais pas comment. Ce manque de préparation, cette absence d’anticipation des risques, m’a frappé de plein fouet.

J’ai fini par m’éloigner du centre du défilé, cherchant un coin calme pour reprendre mon souffle. Ce que je n’avais pas prévu, c’était l’impact physique et émotionnel de cette attaque. La gorge en feu, les yeux rouges, le cœur battant à tout rompre, j’ai senti la colère monter, mais aussi une tristesse profonde. Ce n’était plus simplement une marche, c’était un combat devenu brutal, où la mobilisation citoyenne se heurtait à une violence policière inattendue. Sur le moment, j’ai compris que cette expérience allait me marquer bien au-delà de cette journée.

Après le chaos, j’ai pris conscience que mon engagement devait changer

La nuit qui a suivi cette marche a été étrange. J’étais partagé entre colère et tristesse, un mélange d’impuissance et de détermination. Je repensais à ce moment où, dans la rue, tout avait basculé, quand un geste de violence avait transformé un rassemblement pacifique en affrontement. Je réalisais que ce combat pour le climat n’était pas une simple manifestation symbolique, mais une bataille réelle, où chaque pas, chaque cri avait un poids. Ce sentiment a creusé en moi une certitude nouvelle : il fallait agir différemment, avec plus d’organisation et de préparation.

Les jours suivants, j’ai cherché à mieux comprendre cette mobilisation mondiale. J’ai rejoint un collectif local, où j’ai découvert des gens qui réfléchissaient aux actions à mener, qui s’informaient sur les stratégies à adopter pour être plus efficaces. J’ai appris l’importance de préparer ses sorties, de composer un kit avec eau, pansements et masques adaptés, et de repérer les lieux sûrs en cas de tension. Ce nouveau regard sur l’engagement m’a appris à ne plus me contenter d’être un simple passant, mais à devenir un acteur plus réfléchi, capable de soutenir la cause avec des gestes concrets.

J’ai aussi commencé à envisager d’autres formes d’action, plus ciblées, comme des campagnes locales ou des actions de sensibilisation dans mon quartier, où mes contraintes familiales et professionnelles pouvaient mieux s’accorder avec mon envie d’agir. Cette marche, malgré la violence, a été un déclic qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort et à prendre au sérieux la dimension sociale et politique du combat climatique. Ce soir-là, je me suis promis de ne plus jamais participer sans être prêt, ni sans un vrai projet derrière.

Ce que je sais maintenant et que j’ignorais avant de marcher ce jour-là

Avant cette marche, je n’imaginais pas la complexité des mobilisations pour le climat. Je pensais à un mouvement homogène, uni dans un même but, avec des messages clairs et une coordination facile. En réalité, la diversité des acteurs est immense : des ONG internationales, des collectifs locaux, des militants radicaux, des familles ou des jeunes étudiants, chacun avec ses priorités et ses méthodes. Cette diversité apporte de la richesse, mais aussi des tensions internes, et complique la gestion des revendications et de la sécurité. Les interventions policières, parfois musclées, sont un risque réel, surtout quand la manifestation se déroule dans des grandes villes comme Paris ou Montréal.

J’ai aussi réalisé mes erreurs concrètes : mon manque de préparation physique et matérielle, ma naïveté face aux risques, et la sous-estimation de la violence possible. Ne pas avoir de masque anti-gaz adapté, ignorer les points de refuge, ne pas prévoir de kit de secours ont rendu la situation bien plus difficile. Si c’était à refaire, je prendrais le temps de me documenter sur le parcours, sur les consignes de sécurité, et j’emporterais un équipement plus adapté, quitte à limiter le poids dans mon sac. Cette expérience m’a appris qu’être engagé, c’est aussi être prévoyant.

Malgré tout, je referais partie d’un rassemblement similaire, mais avec plus de recul et d’exigence. Cette marche reste un moment fort, un point de départ vers un engagement plus profond et plus réfléchi. Je comprends aussi que d’autres formes d’action peuvent compléter ces manifestations : le militantisme ciblé, les projets locaux, ou même le changement personnel au quotidien. La crise climatique est un enjeu mondial, mais chaque geste compte, que ce soit dans la rue ou dans nos choix de vie. Cette expérience m’a appris à être à la fois plus prudent et plus déterminé.

Matthieu Vallée

Matthieu Vallée est passionné par la transition écologique locale et s’engage à rendre accessibles les enjeux environnementaux du Pays d’Arles. À travers ses écrits, il accompagne les habitants dans l’adoption de pratiques durables, en privilégiant des solutions concrètes et pédagogiques.

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